La Horde du contrevent / Alain DAMASIO
La Volte
Ce livre déroute, d'abord, de par sa forme, avec sa pagination inversée, ses voix alternées et le disque qui l'accompagne. Passé l'instant où l'on se pose la question d'y entrer ou non, on finit par y plonger tels les héros eux-mêmes plongeant, têtes en avant, vers leur étrange destin. Ils ont été choisis afin de parcourir leur étrange monde, à pied, luttant de toutes leurs forces contre des formes de vent meurtrières.
Depuis 8 siècles, chaque génération a formé une "horde", un groupe dressé depuis l'enfance pour cette quête inhumaine : aller au bout du monde, trouver l'origine des vents qui balaient la terre.
Cette quête a un prix, celui de la sueur et du sang, de l'héroïsme et de l'inconscience, de la terreur et de l'exaltation. Elle est rapportée par le membre de la horde chargé de transcrire ses mémoires sous une forme qui mêle a la fois poésie, conte et metaphysique.
Un récit magistral qui sera difficile pour certains mais qui mérite une place de choix parmi les grands textes de la littérature fantastique de par son originalité et ses qualités littéraires.
Robin Hobb a enchanté, transporté et passionné des centaines de milliers de lecteurs avec sa série "L'Assassin royal". Elle revient ici avec une série parallèle, entendons par là, que certains personnages et lieux seront communs aux deux séries : "L'Arche des ombres" ou "Les Aventuriers de la mer"
L'Arche des ombres, volume 01 / Robin HOBB
Pygmalion, 2005
Les personnages principaux de ce premier volume qui regroupe les trois premiers romans dans l'édition "Pygmalion" sont issus d'une riche famille de marchands de Terrilville. Ceux-ci ont fait fortune avec des navires en "bois sorcier", les "vivenefs", dont les figures de proue ont la faculté de communiquer avec les humains.
Celle de la famille Vestrit se nomme "Vivacia" et elle vient juste de s'éveiller, c'est à dire d'acquérir la capacité de communiquer, suite à la mort de son troisième capitaine, Ephron Vestrit. Sa fille, Althéa, qui navigait avec son père et qui aurait dû prendre sa succession, se voit brutalement éjectée du navire par son beau-frère, Kyle, qui prend le commandement du navire et de la famille par la même occasion. Il force son fils, Hiemain, qui se destinait à la prêtrise à embarquer de force, la vivenef ne pouvant naviguer sans un membre de la famille à bord. Althéa n'a d'autre choix que de fuir sa famille pour tenter de se faire recruter sur un autre navire ce qui n'est guère aisé en tant que femme. Hiémain est soumis à la brutalité d'un second qui veut "mater" le fils du capitaine. A terre, la femme et la belle-mère de Kyle tentent de faire face à la banqueroute qui menace la famille, comptant énormément sur l'expédition de la vivenef. De l'autre côté des îles, Kennit, un capitaine pirate dévoré d'ambition, carresse le rêve insensé de s'emparer d'un de ces navires magiques qui, jusque là, sont inaccessibles aux pirates.
Voici planté le décor de ce nouveau tourbillon d'aventures dans lequel nous entraîne Robin Hobb. L'aspect "heroic fantasy" y est surtout présent par les vivenefs, pour le reste nous sommes surtout dans un bon récit d'aventures maritimes dans lequel les personnages sont rendus toujours aussi attachants. Le manichéisme propre à certains romans de fantasy n'est pas trop poussé ici, donnant du réalisme aux personnages qui ne sont jamais ni vraiment mauvais ni vraiment héroïques ou bons. Brefs ils sont profondément humains à l'exception des vendeurs d'esclaves, l'esclavage dans toute son horreur étant l'autre grand thème du début de cette série.